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Le Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation que la plateforme électronique http://etudiant.campusen.sn. est ouverte du lundi 18 juin 2018 au dimanche 24 juin 2018 à minuit pour les demandes d’aides. Sont concernés les étudiants inscrits dans les université publiques et qui ne bénéficient pas d’une bourse pédagogique.  Ne sont pas concernés les nouveaux bacheliers 2017. Lire suite

Les universités publiques

 

 

Pr Sakhir Thiam, président de l’UDB : « L’enseignement supérieur est dans la bonne direction »

Ancien ministre de l’Enseignement supérieur et président de l’Université Dakar Bourguiba (Udb), le Pr Sakhir Thiam analyse le secteur ainsi que les options prises par l’Etat. Il revient aussi sur la naissance et la marche de l’Udb qui célèbre, aujourd’hui, ses 20 ans d’existence.

En tant qu’ancien ministre, aujourd’hui, avec le recul, comment analysez-vous la situation de l’enseignement supérieur ?
Tous les travaux qui ont été faits en termes d’études et d’amélioration ont eu pour cause le problème lancinant du chômage des diplômés de l’enseignement supérieur. Il y a aussi le problème de massification. L’Ucad a été très rapidement saturée. Ce qui a entraîné la création d’autres universités dans les régions pour déconcentrer l’Ucad. Ce que tout le monde salue. Toujours pour l’aspect professionnalisant, il est retenu, aujourd’hui, que les universités doivent répondre aux préoccupations des populations, du milieu. Ainsi, l’université participera au développement tant économique que social de la société.

Des pas extrêmement importants ont été opérés dans ce sens. Je dirais qu’on a vu l’avènement d’experts de très haut niveau. Mary Teuw Niane est un homme du sérail. Nous sommes fiers de l’avoir connu comme étudiant, de l’avoir encadré et de voir aujourd’hui tout ce qu’il est en train de faire. En tout cas, cela ne me surprend pas qu’il réussisse. Il a été un bon sujet et il l’est jusqu’à présent.

L’Etat du Sénégal a lancé une grande réforme de l’enseignement supérieur. Après la Concertation nationale sur l’avenir de l’enseignement supérieur (Cnaes), un Conseil présidentiel a été organisé et a dégagé 11 directives. Quelle appréciation en faites-vous ?
Quand on a été ministre, on a un devoir de discrétion. Quand des choses ont été décidées dans un Conseil présidentiel, ce qu’on peut faire, c’est apprécier et dire que ce sont des pas de progrès. Ce qui nous a beaucoup intéressés, c’est la célèbre phrase de Mary Teuw Niane qui dit que le public et le privé sont d’égale dignité. Je pense que cela est parti du Conseil présidentiel. Ce qui permet de résoudre le problème de massification. Car ce qui est saturé d’un côté, ne l’est pas de l’autre. C’est bien que l’Etat pense à l’existence de l’enseignement supérieur privé. Dans les autres points, mes réserves sont toujours ceux de l’ancien ministre. Ce que je peux dire, c’est que la direction est bonne. Il y a deux choses importantes. D’abord, la satisfaction de la capacité d’accueil à la fois interne et extra. Ensuite, la naissance du télé-enseignement. Une chose pour laquelle je me suis toujours battu. Avant d’être ministre, je m’étais dit qu’un jour, nos tableaux seront rangés au grenier de l’histoire et que nous allons nous retrouver avec les moyens puissants de l’informatique, des réseaux, des télécoms pour amener les universités dans les maisons. Aujourd’hui, on commence à voir dans nos portables les cours. Il y a les Mooc et plein d’autres choses. Cela, je l’avais développé, à ma façon, pour l’enseignement supérieur public. Ces idées d’université virtuelle, de télé-enseignement font leur chemin. Il existe, aujourd’hui, un centre universitaire qui fait du virtuel.
Dans cette réforme, la question de la qualité est au cœur des préoccupations avec la création de l’Autorité nationale d’assurance qualité de l’enseignement supérieur (Anaq-Sup) qui s’occupe de l’évaluation des établissements d’enseignement supérieur aussi bien du public que du privé. L’option vous agrée-t-il ?
L’Anaq-Sup a toujours été notre rêve. J’ai été le directeur de l’Institut national d’étude et d’action pour le développement de l’éducation (Ineade) dont la mission essentielle est d’assurer la bonne qualité de l’éducation et de la formation en général. J’ai quitté cette structure pour aller au ministère de l’Enseignement supérieur. J’ai salué la création de l’Anaq-Sup. C’est une très bonne chose que les diplômes du privé soient reconnus par l’Etat. Ce que fait l’Anaq-Sup. Il y a un décret qui gère les Licences et les Masters. Il stipule que tout diplôme accrédité par l’Anaq-Sup sera signé par le ministre de l’Enseignement supérieur. L’Anaq-Sup fait un excellent travail. Elle a de brillants experts. Des auditeurs que nous connaissons très bien et qui ont fait un bon bout de chemin avec les experts de l’éducation dans le Nord, surtout au Canada. Quand on les reçoit, c’est excellent. Ils ne viennent pas en gendarme. A chaque fois qu’ils disent non pour l’accréditation, ils le motivent. Ce qui devrait amener l’institution à améliorer la qualité. Ce sont des gens qui connaissent les rouages de la science de l’éducation. En plus, c’est pour mettre de l’ordre dans notre milieu.

Parlons maintenant de l’Udb. Pouvez-vous nous faire l’historique de cette institution ?
Le projet a été d’abord un projet public. Quand j’ai été ministre, j’ai bien vu les orientations de l’enseignement supérieur sur le plan international. Je suis resté pendant un mois à l’Unesco, en 1989, où je représentais le Sénégal. J’ai vu 161 nations défiler. J’ai écouté et elles m’ont écouté aussi. Au retour, j’ai inventé un modèle qui voulait faire un compromis entre l’enseignement en présentiel et l’enseignement à distance. J’utilisais même des salles de cinéma. Je prenais un enseignant, je faisais un film sur son cours. Je l’agrémentais avec de la musique pour qu’il soit agréable à regarder. Je le projetais ensuite dans une salle de cinéma. Le billet de l’étudiant, c’était sa carte d’étudiant. C’était une chose tellement jolie que les gens de la Banque mondiale s’en étaient saisis et voulaient me financer. Mais ils n’avaient pas tout de suite de l’argent. Ils m’avaient dit qu’ils allaient revenir avec une délégation. Malheureusement, le Monsieur a eu un accident mortel au Tchad. Après, un autre a pris le projet. Il est venu au Sénégal et on a beaucoup travaillé. Mais il a volé le projet. La Banque mondiale a créé l’Université virtuelle africaine (Uva). L’Uva, c’est mon bébé. Heureusement, je ne lui avais pas donné le nerf de la guerre, que sont les enseignements qui sont transversaux. C’est dire que je voulais donner le projet au public.
Quand j’étais ministre également, j’ai eu la chance que sagacité de Diouf, à l’époque, l’ait amené à accepter qu’on ne fasse pas de l’Université Gaston Berger une école de Police, comme cela avait été proposé. On voulait rattacher l’école de police à l’ancienne Ecole normale supérieure, et Gaston Berger devait être l’école de police. J’ai convaincu le président Diouf à déconcentrer Dakar. J’ai commencé par enlever la notion de Faculté pour créer les Unités de formation et de recherche (Ufr). C’est moi qui ai fait l’Université de Saint-Louis. J’ai quitté le gouvernement deux mois avant son ouverture et elle a été inaugurée par Djibo Kâ. Quand je suis sorti du ministère, alors que je réfléchissais, le président Abdou Diouf m’a suggéré de créer quelque chose de privé. L’Udb est ainsi née. C’est la même structure que l’Ugb. L’idée, c’était de combattre le chômage des jeunes diplômés dans les universités à travers un enseignement supérieur professionnalisant, avoir des rapports très clairs avec le monde du travail. Que les entreprises fassent partie de nos affaires, qu’on les retrouve dans nos conseils, que le patronat soit là pour dire ses désirs, ses besoins. On a même créé des possibilités d’alternance (aller en entreprise et revenir), etc.

Aujourd’hui, où en êtes-vous en termes de reconnaissance de diplômes, d’aménagement, etc. ?
Le chantier de croissance qu’on m’avait tracé est suivi. Aujourd’hui, nous en sommes satisfaits et heureux. Toutes nos Licences sont reconnues par le Cames. Dès le départ, j’ai calé l’Udb sur un système d’Unités de valeur et de recherche et de modules. Plusieurs unités de valeur forment un module. Ces modules sont devenus des unités d’enseignement et les unités de valeur des éléments constitutifs de cette unité d’enseignement. Pour nous, le passage au système Lmd était déjà fait. On a fait que changer les noms. Nous avions déjà « semestrialisé » nos enseignements. Nous sommes en train de passer devant le Cames qui est Dakar pour encore deux Masters. Ensuite, il y a quatre Masters à faire passer l’année prochaine. L’Udb est le premier établissement privé supérieur à faire passer une thèse de mathématiques sénégalo-sénégalaise. Le chercheur est Sénégalais, de même que l’encadreur. Il s’agit de Gabriel Birame Ndiaye qui a fait avec moi une excellente thèse qui nous a valu 22 théorèmes qui font le tour du monde. Il y a aussi un étudiant tchadien qui a fait sa thèse d’économie à l’Udb. Nous sommes les seuls, dans l’enseignement supérieur privé, à faire passer des thèses d’Etat. Nous continuons le travail avec d’autres candidats. Nous travaillons ainsi parce que l’une des missions extrêmement importantes d’une université, c’est de former ses propres ressources humaines, ses propres professeurs, ses assistants, etc. Ceux qui ont appris ici, connaissent bien le système. Lorsqu’ils reviennent, ils sont d’excellents enseignants. Ils apportent du neuf et tout cela rejaillit sur leurs travaux.

Vous êtes restés discret depuis 20 ans. Nous n’avons souvenance de vous voir faire de la publicité. Pourquoi vouloir fêter, aujourd’hui, vos 20 ans ?
Trop de publicité tue la publicité. Pour moi, ce qui compte, c’est la crédibilité, c'est-à-dire la valeur de nos produits dans le monde de l’emploi, ce que pensent les employeurs de nos produits. Si l’Udb a atteint son bon régime, c’est parce que les banques, en tant qu’employeuses, sont satisfaites. De même que les compagnies d’assurance. Nous avons de nombreux Guinéens parce que les premiers formés ici ont obtenu d’excellentes places dans leur pays. Certains sont à la banque centrale, d’autres dans l’administration. Cette discrétion paie. Et puis, la recherche n’a pas besoin de bruit. Quand on dit des choses qui gonflent, ce n’est pas bien. J’ai aussi tout fait pour que l’université devienne une université à caractère social. Les gens du Cames nous ont même dit que nous étions un privé-public. Nos frais d’inscription sont de 25.000 FCfa comme à l’Ucad. Pour les deux premières années, l’étudiant paie 30.000 FCfa par mois. Ce tarif n’a pas bougé depuis 20 ans. En Licence 3, je demande 40.000 FCfa. Le montant est de même qu’en première année de Master. C’est en deuxième année de Master que l’étudiant paie 50.000 FCfa à cause du mémoire, des recherches et de l’encadrement.

Professeur, à Kigali, lors de la rencontre de l’Association des universités africaines (Aua), il a beaucoup été question de mettre l’accent sur le développement personnel de l’étudiant pour faciliter son insertion. Prenez-vous en compte cet aspect à l’Udb ?
C’est ce que nous, nous appelons éthique. Nous ne formons pas seulement le technicien, mais nous formons aussi l’homme. Notre devise, c’est « Des ténèbres vers la lumière ». Le cheminement, c’est « Xam, mun, am ». « Xam », c’est connaître. Connaître, ce n’est pas seulement la connaissance des matières, mais c’est aussi se connaître et connaître l’autre. « Mun », ce sont les compétences. D’où nos liens avec les entreprises, le monde du travail. « Am », c’est avoir un emploi, avoir sa femme et préparer sa retraite. Nous avons ce viatique. Nous y insistons beaucoup dans la formation. La formation, c’est aussi faire tout pour sédentariser les étudiants, tout faire pour qu’ils y passent la journée. C’est pourquoi j’ai installé un restaurant qui vend des repas à des prix abordables aux étudiants, car tout ce qui est dans la cuisine m’appartient.

Vous proposez des frais et des mensualités en deçà de ce qui se fait généralement. Est-ce parce que vous avez de nombreux étudiants ou des partenaires qui vous soutiennent ?
Le nombre d’étudiants est raisonnable, mais nous n’avons aucun partenaire et ne bénéficions d’aucune subvention. Pour les étudiants orientés par l’Etat, nous recevons 30 ou 40 au moment où certains en ont 800. Mais cela ne nous pose pas problème. Au temps du ministre Moustapha Sourang, j’avais donné gratuitement à l’Etat 425 jeunes que nous avions formés, dont 100 en maths, 100 en physique, 100 en génie juridique et 125 en langue et affaires. On avait ainsi répondu au manque de professeurs de maths. A ce jour, je n’ai pas souvenance qu’on ait reçu, ne serait-ce une lettre de remerciement, a fortiori une subvention.

Propos recueillis par Daouda MANE et Ndiol Maka SECK (texte)
Le soleil, 17 décembre 2015